Alors que nous en sommes encore [au Royaume-Uni] à nous demander si l’accroissement du nombre de grammar schools [établissements secondaires, privés et sélectifs] aura un effet positif sur la mobilité sociale ou s’il est opportun de faire de la sélection dès l’âge de 11 ans, dans le reste du monde, l’enseignement continue d’évoluer.
Au mois d’août, le gouvernement néo-zélandais nous a offert un avant-goût de l’avenir en annonçant une loi autorisant tous les enfants d’âge scolaire à s’inscrire à un organisme agréé d’apprentissage en ligne qui déterminera s’ils ont besoin ou non d’assister physiquement aux cours.

Un projet mal accueilli par les enseignants

Ce changement radical, qui permettra à toute école ou établissement d’enseignement supérieur agréé de demander le statut de “centre d’apprentissage en ligne”, a reçu un accueil très réservé de la part du syndicat des enseignants du primaire.  
Non seulement l’idée que de jeunes enfants puissent suivre tout ou partie de leurs cours en dehors de l’école risque de menacer les moyens d’existence des enseignants, mais elle remet en question le rôle des écoles.”
L’apprentissage en ligne a l’avantage de proposer des sujets qui ne sont pas étudiés dans les écoles et de permettre à ceux qui ne peuvent pas se rendre à l’école ou à l’université, pour des raisons sociales, géographiques ou de santé, d’accéder néanmoins à l’enseignement. Pourtant, même s’il fait déjà partie de la vie quotidienne, son usage extensif dans les écoles, primaires en particulier, a été accueilli avec circonspection.  
L’idée que les élèves ne soient pas tenus de fréquenter une école pour l’intégralité ou une partie de leur cours peut avoir d’énormes conséquences pour les familles souhaitant que leurs enfants soient encadrés et suivis.” 

L’apprentissage mixte : une idée à creuser ?

Même si l’on peut supposer que le bon sens l’emportera et que le gouvernement insistera pour que la majeure partie de l’enseignement à distance soit dispensée — en fonction de l’âge — au sein d’une structure physique surveillée, on peut s’interroger sur le rôle que les écoles conserveront dans un avenir où un nombre croissant de sujets et de cours seront de mieux en mieux abordés en ligne.
Les écoles feront valoir, à juste titre, que leur mission ne se limite pas à la transmission des connaissances et des compétences, qu’elles fournissent une éducation au sens large du terme, reposant sur d’autres priorités importantes comme la socialisation des élèves, le développement de leur quotient émotionnel, de leur sens du relationnel et de leur aptitude à communiquer, à travailler en équipe et à s’intégrer dans une communauté. Néanmoins, l’idée d’une école offrant un “apprentissage mixte”, où les étudiants suivent une partie de leurs cours en ligne, doit être creusée.
La question est de savoir comment définir l’éducation et quelles nouvelles fonctions attribuer aux écoles.”

Quel rôle pour le professeur ?

Une donnée rassurante pour le syndicat enseignant et les enseignants en général est que les élèves qui apprennent à distance obtiennent de moins bons résultats que ceux qui le font dans le cadre du face-à-face, ce qui permet de penser que le professeur conservera un rôle crucial dans l’avenir, même s’il est très différent de celui qu’il joue aujourd’hui.
Avec les perspectives et les défis que la technologie continuera d’apporter au secteur de l’enseignement, l’environnement d’apprentissage virtuel qui s’appuie sur Internet nous conduira à nous interroger sur le meilleur usage que les écoles peuvent faire de ces nouvelles possibilités, sur la meilleure manière d’en tirer parti dans les écoles et sur l’impact qu’elles peuvent avoir au niveau de l’organisation et de l’environnement physique.

Négocier ce virage avec prudence

De par son caractère inévitable, l’évolution du secteur requiert une plus grande anticipation et un bilan de notre action actuelle. Nous devons notamment nous demander si l’innovation technologique ne nous dispensera pas d’avoir des établissements plus sélectifs, étant donné que les écoles offrent un enseignement de plus en plus adapté aux besoins et au stade de développement de chacun.
Dans les années qui viennent, l’évolution se poursuivra et un nombre croissant de disciplines seront enseignées à distance, même si c’est sous le contrôle d’un enseignant.
Nous devrons négocier ce virage avec prudence et ne pas transférer nos enfants dans un environnement d’apprentissage virtuel sans tenir compte de ce que font nos écoles pour leur bien-être social, physique et émotionnel.”